Maux...

Jardin de ronces

Je marchais ce matin dans un jardin de ronces
au fil des herbes grasses, tout entouré d'arbustes.
L'endroit m'était connu jusqu'à son dernier coin;
maintenant j'avançais habité de néant.
Car quand je dis néant ce n'est pourtant pas rien,
je vois exister là un entrelacs de gris, de noirs, de transparents.

Combien de temps faut-il pour devenir un autre?

Enfin, parler d'un autre est sans doute un excès.
Ce dont ici je parle est plutôt "autrement".
J'habitais un jardin vert et beau, coloré,
je me trouvais soudain dans le monceau de ronces dont je parlais plus haut.

Quelle serait la durée d'une métamorphose
rebâtissant, discrète, le cocon écrasant d'où jaillit la chenille?
Comment n'avoir rien vu, ni même imaginé
qu'à force de douter c'est la vie qui trébuche
et perd tous ses repères pour n'être plus qu'un "ça"
qui ne reconnaît plus ni passé, ni présent
et en viendrait à craindre un futur à bâtir?

Suréquipé de plans, d'atlas bondés de cartes,
je perds, et m'en rends compte,
le fil de mes idées, les projets, mes audaces.
Et qu'advient-il, dis-moi, de la sérénité?
Et la paix serait-elle extérieure et inerte?
L'intelligence a-t-elle perdu goût et finesses
que j'en deviens cet autre que je ne connais plus?

La joie aux abonnés absents et même pis,
le courage emballé dans un étui de plomb,
la clarté du regard se cachant sans pudeur
du côté de la nuit. Et la volonté tue…
L'absence de ces témoins résidents quotidiens
de ma vie, de mon être, à force de penser
qu'ils étaient passagers du voyage ont trahi
la confiance et le bleu que je mettais en eux.

Voilà que je deviens l'étranger solitaire.
Ainsi, je suis perdu, ne sachant où aller,
craignant poser les pieds sur un sol menaçant,
devenu redouté par le pouvoir si fort
d'un mal qui me déroute.

Dimanche 4 mai 2014 15:24

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