Humeur...

Terre fouettard

Et me voilà au sol, à quelques pas de lui qui jamais cependant n’avait manqué d’égards à mon nom, ma personne, ni même à ma fonction. Par bonheur aucun être n’avait vu le spectacle de la chute et ma honte n’en fut qu’à peine visible. Reprenons, voulez-vous, les instants et les faits
qui me trouvèrent à terre éloigné de mes trônes.
Fidèle au temps qui passe j’avais rempli les hottes pour les faire déposer sur mes ânes en cohortes afin de visiter, plus bas et bien au chaud, fillettes et gamins qui depuis quelques temps n’étaient que gentillesse, bravoure et politesse. Car être un enfant sage nécessite à chaque âge efforts, concentration, calme et abnégation.
Ainsi je m’activais, j’affinais le mental, je revoyais les mots, les langues et expressions, préparais GPS et cartes de jadis pour approcher, serein, maisons et HLM, chalets et autres lieux. Cela était banal, habituel et simple, rodé depuis longtemps. Mais rien n’était moins sûr !

Par un bien tôt matin en décembre passé je me mets en chemin confiant et assuré. Tout allait, je croyais, se dérouler au mieux, cheminées et chemins propres et nettoyés. Je vois, surpris, perler sur mon front la sueur, réaction inconnue de mon corps très âgé. Bien sûr il est parfois malaisé de marcher de faîtes en terrasses aux rythmes adaptés de mes ânes encombrés. Sortant des cheminées, pas la moindre fumée ; aux chambres des enfants pas de rideaux tirés ; des carottes asséchées et du foin déclassé pour les bêtes accablées ; et pour moi pas de goutte, ni péket, ni whisky mais des sodas gazeux à vous rendre rotant ce qui pour se cacher n’est pas vraiment discret. Les rayons du soleil qui déjà me réchauffent et ce matin d’hiver qui ressemble à l’été. Quant à l’ami fouettard, torse, tête et pieds nus, il gambade velu oubliant discrétion, exemple et retenue. C’est alors qu’au détour d’un salon grand ouvert je découvre, pantois, sur l’écran de télé des mots et des images jusqu’alors inconnus : climat, température, chaleur et canicule.
Imaginez le coup quand je vois s’écouler de mes hottes tiédies le flot lent et visqueux du chocolat fondant, la rivière poisseuse de sucre et de vanille empêchant les ânesses d’avancer plus avant, les cheveux des poupées aux traits gras et gluants de trop vieux sucres d’orges et les jouets de bois d’où coule la réglisse. 

La terre en son malheur déroutait les saisons, et moi, Saint Nicolas, on ne m’avait rien dit.

Les humains sont tenaces à ne pas reconnaître les malheurs qu’ils se causent. Ils feignent d’ignorer pour mieux continuer à vivre et ronronner. Peut-être les enfants, aux jouets sirupeux, comprendront, désolés, qu’au grand Saint Nicolas on ne peut rien cacher.

Lundi 5 décembre 2011 19:28

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