Humeur...

La chenille ne séduira pas…



Ainsi donc, le 13 juin 2010 fera son entrée remarquée au calendrier du génie belge, au panthéon du compromis génial, à la table des matières du fédéralisme renouvelé. 13 juin, date mémorable d'un scrutin légal en non constitutionnel à moins que ce ne soit le contraire! Malgré cet enthousiasme proche du délire, une question demeure dans mon esprit caustique: irai-je honorer mon devoir, irai-je voter?
A entendre et lire les journalistes de tous bords, les futurs élus, les vrais bons citoyens, je risque de devenir un paria de notre démocratie si mon choix est: je n'irai pas voter! J'ai lu l'édito d'un bon journaliste: ce dernier affirme que, ne votant pas, je "démissionnerais", ajoutant que cette attitude avait tout de l'immaturité, ponctuant le tout d'un na puéril! Comme si mon choix était de cet ordre? Au prétexte que nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui partagent mon ras le bol mais vont cependant voter, je deviens, selon le même éditorialiste, un sot. Se faire traiter de gaga et de sot en si peu de lignes ne m'apparaît pas être une argumentation favorisant le civisme. Seraient-ce les seuls arguments de ce grand politologue?
Que dirai-je le 13 juin au soir à mes enfants, à mes amis poursuit l'éditorialiste? Rien de plus que ce que je vais vous partager maintenant.
Cette possible décision de ne pas remplir mon devoir électoral est le fruit d'une réflexion lente et longue. Lors des élections régionales passées, je m'étais déjà insurgé contre le fait que voter pour X signifiait en fait donner sa voix à Y. X faisait, disait-on, partie des porte-voix, nécessaires au poids électoral du parti (on fait confiance aux jeunes!). Je ne peux accepter pareille affirmation. Quelle est cette image de la démocratie où votant pour l'un on signe pour l'autre? Triste traduction, selon moi, de démocratie en manœuvres électorales. Plus triste encore, cette mobilisation générale (des têtes à élire, à tout le moins) à tous niveaux. La Belgique, Etat fédéral, compte au moins trois échelons qui, à chaque scrutin d'un de ceux-ci, voient se paralyser les deux autres. Raison? Il faut que les ministres du Fédéral renforcent les candidats du Régional, que les candidats du Fédéral soient boostés par les élus en place au Régional et ainsi de suite. A quoi, dès lors, sert-il d'avoir tous ces niveaux ou tous ces scrutins à divers moments? Pour paralyser plus encore le pays des accords jamais bé achevés?  Car chacun bat campagne, non? Triste métamorphose d'une chenille devenue papillon fédéral qui redevient chenillette régionale, pour la bonne cause, s'entend. Continuons dans le tristounet et pensons à Sa pauvre Altesse Royale obligée de vendre seule le savoir-faire belge au Brésil, campagne électorale oblige. A une époque où, nous répète-t-on, chaque initiative pour promouvoir le pays compte,  l'absence des Ministres aux Amériques est un silence particulièrement révélateur car l'économie est la mère de notre redressement. Démonstration aux rythmes de samba.
Et la chenille redémarre sur les ondes publiques et privées, sur le papier de nos journaux. Je vous le dit, promet l'un, le PR et le MS ont déjà signé une alliance pré-électorale. Que nenni, le Ph, EcolS et le CDo ont, eux, déjà partagé les portefeuilles. Merci cordial à vous toutes et tous qui colportez ces rumeurs, vous facilitez grandement le choix, vous rendez le débat utilement suspicieux et aidez l'électeur qui souhaiterait s'informer pour mieux choisir. Lors d'une lecture récente, un auteur a attiré mon attention sur ce qu'il appelle les trois piliers d'un vote démocratique: l'information, l'expression et la détermination: l'électeur s'informe auprès du programme et des candidats des partis et enfin se détermine pour remplir son devoir électoral. Aisé, en théorie.
Ainsi donc, je m'informe: l'emploi des uns et des autres, le durable, l'humain, la révolution, le populisme,… Sans oublier le communautaire. Du ressassé des interviews au passe-partout des programmes, du déjà-entendu des convictions partisanes au vite-fait des projets, on passe du global  de la position communautaire francophone à l'unité de vue qui rassemble les familles politiques de chacun des côtés de la frontière linguistique. Un amour flou. Je commence à éprouver quelques difficultés: m'informer, d'accord: au-delà, je peine. Me déterminer tient, à mon avis, du génie.
Mais, je ne laisse pas tomber les bras et approfondis ma réflexion sur l'avenir de notre pays et sur l'impact de ma voix dans le concert démocratique. Il faudra au prochain gouvernement, dit-on, trouver la modeste somme de 42 milliards pour mener le pays sur le chemin du remboursement ou de la prospérité; là je ne maîtrise plus tout à fait. Où trouver cette somme? Pas de programme d'austérité, cela fait mauvais genre disent certaines. Pas chez le contribuable, c'est une politique de gauche, ou de droite, je ne sais plus. Pas chez les grands entrepreneurs, ce sont eux qui font notre prospérité. Pas dans les banques, on vient de les renflouer… Bien, mais où alors? S'informer, exprimer, déterminer… Bouh! Dur, dur le statut de citoyen éclairé.
Enfin, constatant mon incapacité grandissante à me déterminer et concluant que mes talents de dessinateurs ne me permettaient pas de réaliser une œuvre sur mon bulletin de vote (car mieux vaut un bulletin nul qu'un non vote, cela, je l'ai retenu), je me voyais déjà devenir le disciple abstinent d'un souverain belge: je serai absent le 13 juin entre 8 et 13.00 pour une question de conscience: je refuse que l'on me fasse poser un acte contraire à ma liberté, à savoir, voter sans en connaître la vraie raison. De plus, apprenant que le Ministre flamand de l'Intérieur ne poursuivrait pas les élus (tenus de le faire) refusant d'organiser le scrutin, je me dis que dans ce pays de fête permanente il ne pourrait y avoir deux justices: une pour les élus et une pour les électeurs.
Je pris donc ma plus belle plume pour partager à des concitoyens désireux de le découvrir le drame de ma conscience et le choix de ma liberté: je n'irai pas voter le 13 juin. Et si on devait encore me dire dans un dernier effort pour me convaincre, qu'en ne votant pas je fais le jeu des autres, je demanderai: quels autres, je ne sais plus très bien qui est qui?
Dans la biodiversité belge, les chenilles, ce printemps, ne se transforment plus. Il n'y a plus de séduisants papillons, finies les couleurs qui donnent envie de butiner. Tout est triste et moi aussi.

Vendredi 28 mai 2010 17:54

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