Humeur...

Je suis un arbre

Je suis un arbre dans une forêt dont les couleurs certains jours sont plus obscures et tristes. Des arbres s'abattent, se tournent le tronc, se traitent de vieilles branches; d'autres enfin revendiquent le statut de jeunes pousses. Dans l'école de ce bois, je suis arbre moyen en âge et compétence, chargé comme tant d'autres du tutorat des pousses.
Ce n'est pas bien facile d'amener les jeunes pousses au lourd statut de tronc; attachantes et aimables je pense bien qu'elles le sont. Certaines comme on dit font donc leur maladie, sont coincées dans des nœuds, sont touchées par le feu... bactérien, certaines poussent seules. Certaines sont par moment un peu dures de la feuille.
Si je scrute un instant le bois autour de moi, je trouve que beaucoup des arbres de ce bois, forêt universelle, deviennent durs de la branche. Je trouve même que parfois, ils s'endurcissent le cœur. Leur ramure qui jadis les ouvrait sur les autres et faisait la beauté de ce coin de forêt, large ouverte sur le ciel et accueillante au monde, leur ramure aujourd'hui se ferme. Ils ne se touchent plus mais au contraire s'observent au point même que la taille, cette source de vie, devient pour eux soudain, moyen de s'isoler.
Alors chacun s'enferme.
Le chêne qui toujours était roi se referme, il s'isole et rejette les ethnies d'un vert sombre ou les feuilles moins lisses. Le chêne est enchaîné à ceux qui lui ressemblent. Le bouleau, là si seul, se perd dans son travail : il plonge ses racines qui deviennent carrées, n'irriguent plus le cœur. Le hêtre quant à lui cherche un sens à l'essence, les peupliers raidissent, les fruitiers ont la pêche.
Voulant tous être entre eux, purs et durs d'un côté, tendres et frêles de l'autre, ils forment des parcelles. Oubliant qu'en forêt tous ont un sol commun, ils se groupent en bosquets. Mais ils oublient ainsi que ceux de la lisière, que l'on dit marginaux et qui sont différents, se tenaient là debout et qu'ils les protégeaient. Rejetant les futaies, la survie est en jeu. A se croire futés ils devenaient fragiles. Je trouve cela sciant, j'y perds même quelques feuilles. Pourtant j'aimerais dire à cette jeune pousse qui aujourd'hui s'en va chercher terreau ailleurs, qu'elle a en elle la sève qui dirige les branches. Porte-les bien ouvertes, étendues vers chacun même s'il est différent.
Ose, enfonce-toi dans notre sol commun;
    ne dis pas qu'il est mou,
    rends le ferme, donne-toi.
Ose, et envole-toi vers notre ciel commun;
    ne dis pas qu'il est sale,
    offre-lui l'oxygène, celui qui te fait vivre.
Ose, et déchaîne-toi pour tes projets tes rêves;
    ne dis pas c'est trop dur,
    bûcher c'est travailler.
Ose, et risque les mots et parle en vérité;
    ne dis pas Vérité,
    car tu peux négocier sans en être abattu.
Ose, et sème près de toi;
    ne dis pas "moins on sera et mieux on survivra",
    tu as besoin de lui qui a besoin de toi.
Fais-les donc exploser les bourgeons de ta vie, qui fleurissent, embellissent.
Ose, et puis repose-toi,
    observe autour de toi,
    ébroue-toi de bien-être,
    dis merci à ceux-là qui font que tu sois là.
Et à ton tour déjà prépare bien le sol, fais-toi guide d'autres pousses.
Ensemble nous poussons, ensemble nous grandissons.
Soyons l'arbre d'Eden, celui qui donne Vie parce qu'il l'a reçue.

Dimanche 14 juin 2009 20:58

Mots-clés :

Avenir, Toi, Oser, Demain, Arbre de vie

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